Un jour, il y a deux ans, à la veille de Noël, son médecin n’a pas pris des gants. Et lui envoyer en pleine figure, que pour elle la compétition, c’était fini. Qu’elle pouvait mettre une croix sur ce qu’elle aimait de plus au monde, sa vie, une passion qu’elle partage depuis vingt ans. Qu’elle souffrait, coquin de sort, d’un cancer du sein et qu’elle pouvait remplacer ses séances de musculation par quatre protocoles de chimiothérapie ainsi que quatre opération ; la dernière en décembre 2006…
Une ablation à 38 ans, «une mutilation, l’horreur pour une femme…» Mais Noëlle, n’a pas voulu entendre parler de fatalité, de ce cadeau empoisonné du destin, ce crabe si inique, si repoussant, si indigeste. «Je suis quelqu’un de têtue, d’obstinée, pas du genre à me laisser aller!»

Multiple championne de Suisse de fitness, vice-championne d’Europe, 3e «des Univers» Noëlle Chiavuzzo, a l’habitude des sacrifices, de se battre ; de gagner, par sa pugnacité, des régimes, des concours. D’aller au-delà, de repousser ses limites, pour son physique, sa plastique. «Sinon, je meurs. C’est toute ma vie.» Ainsi est sa volonté. «Bien sûr, que sur le moment, ce n’était pas facile à vivre mais j’ai voulu prouver aux gens que malgré la maladie, que la vie ne s’arrêterait pas là…»
La bagarre a été longue, avec des hauts et des bas. Son corps a vieilli. Elle a souffert. «Sans Mario, mon mari, je n’y serais pas parvenue, confesse-t-elle. C’est mon roc. Il a toujours été là, pour m’encourager. Il a partagé ma souffrance. Il n’a pas eu peur de me regarder. Il a été magnifique, exemplaire.» Et de lui offrir son ultime victoire, un hymne à l’amour. Ce couple en or coupe à cœur.

Le week-end dernier, quinze mois après ce dépistage, l’opération, la chimio, tous ces maux croisés, cette guerrière hors pair, est donc allé chercher, son dernier challenge par rapport à la maladie: une ultime médaille de bronze aux Mondiaux, à Ekaterinbourg, en Russie. «Car précise Noëlle, j’aime bien terminer les choses que je commence.» Cette consécration, un authentique exploit, est une revanche « musclée » sur le destin. Et un formidable message d’espoir pour toutes celles qui sont confrontées à ce cancer. «C’est la preuve qu’on peut continuer à faire des choses et se sentir femme malgré tout.»
Le charme n’opérant que sur un cœur ouvert, Noëlle Chiavuzzo remercie toute l’équipe du CHUV, «des chirurgiens et un personnel très compétents.» Et (r)assure son médecin que, cette fois-ci, «vu mon grand âge», la compétition, c’est désormais fini. Elle mets sa passion en quarantaine, pour vivre à fond, une nouvelle vie.

Le Matin du 18 novembre 2007,
par Christian Maillard
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